CE ah MP LR. TE an came af ve ni Apr Rp pérrae at 9 An en de De 7e + CAM - TL AS) ÉTÉ due we d « + GOT RE Poe : # 4 > 7 % es Me ; £, SU - . : + . me er a PEER AT 0 RENTE SO den or Pr: PE et ePehpremn ere Le TU : FT 2e enr mer Retnyrt T0 In Memory of Samuel Singer iven By sr . al T= tai: Edward ÜTe He Vy [M 11 OL L L LRO LA ; 17 NASA AL ne L DA L 1 ul mx , LATE _ [ h IL l | : L : L W, TI), TL the | ï LA 11 0 1m LA MR L : 1 (1 1 ! L ne ne L RRAL nu ‘ | ou [a nt ; L pou L .. . cs L IL LS | . ne 1 n L oi . l : (an : : t l : 1} in . : "OR fi | | le, 1 “‘U : | À L ! - LL [A : 14 " | | : | El : Par L : ! | _ L tan | CE : . | : n: | ni L : Ü L ne : ? : | NEC D PR : | | © : ‘à n : . à ù L ! L : ni s | Û L £ œ L L FE ï L L li co) 1 | OL à t » "| . L _ h : L û . 4 | ” : L n L ! L L 0 ’ _ : 3 Fu . : À : (LE OL 19 : a. | LT — CAN. a Eu : FA 1 + L " Le un | : : ! : | : » L | | b L e L A L , | : : | : ! | : | : L Li : w . t : : : | _ _ Es A ! ro LR Ce n : L | : | L ." : 1 | : | | L ! L _ | f LL L ï : e ad L r L Q à à : 1e | L : “ n Es | Ai i | Ê L 1 | L L : | t e L L 1} ï : | M L : : : d'our N f | ue … in 1 + Dir Mie er VO 0 L , 0 4 [ ‘ | ER | " “e L e L | | | (| : 0 Ne | 1 out : ! " 1 : 1 ll : 1 : n Û L re 0 : LES Li l : rhet nu | URI | : Î : . : : . Cp l à h LA | = f . | L 0 LEON MR { ha | | | L È ni L DE We L ANT : . Ur il L a n | L L, ! . | : ! . l hi : . | ! L | . M | A L | 1 : LE MneT : L D : . L ! LEE : EAN ( LINQSON LS) | Sn : : L L : . : L | " | EL : 0 : L è : an | 11 & 1h : ; L | | | LI o 1 ml L «l È : A 2 Le : ! [BA 0 ] Li Ch DE | DURANT Te nn A : ” RL ll TN AE sil. : L D : | | 7e : : * A LPS € M LE LU p | 1 ER : : AAA" Tr n . tn] 1 | : . 14 | 0e UV : Eu At) " : Le | | ja n L l L » : 1 LL, nm ai : ' a | L | | 3 : 7 De D ' . Ê DAT * 1 J Û (De : L EL t hs | un L L t) : NT 1 . . : | à L a D nl À L | LA . L , ” Le [ d o ; DL ; n | L à | A : : | L Et … i L VE | | nl Near h L [M J 2e : : L a” ET 4 D | Ton = L L . " L L : L " L L ® > 1 AU Û | . : : . : | | put . : n D | » L Û L' . | , b n L . 4 D | { L An . x . L ! : t ® i L Les : 6 OF ! FT LL . L , h : : | L : 1 : _ : _ L ' "4 : | 14 Ps : \ —. Le: CS | | | ni : on} : : : ) D : | LL Le L so L . Le _ : : e OT Ai nr { | Û L : M h L L ue "Ù : : . .' L Un Er . : | AL his L « _ | Le L L h | | ut P f l | V | Vo. L _ : 710 n Co | « : | | . L on { | : : \] a I L a 1 Ver Lt | 2 | D 2 - | van! : + EM F : CR li % | .. L EN on AL +. EN AN VA ANT L : : à LUXE, A } Li nl Le un . : 14 L . : : : A 4 L | nr L 25 : ' : . | = AUX L D. AIT : AP: LE L : L | : | o © L L L L . h . ol 0 Pt = , : | | h 01 L PRE | DO 71 | : L L | e À PL ET : : l ! 4 : a L A () 0 nr . | | on ; FI Don i nl 0 al u v [l ù " ne | ' "2, , : ! D. L er (20. 2 A1 L ol) : ‘Al [CU Fo En . L L L À , À " . : à; , . Ca: : JE : L | L h 4 L L : ee ru | A. : : | Li ui 0 J 1 L ar 4 h L : | L _ La) A OL : 0 : ! . Cal t | Len pu D en _ : : a n Li." Fe : I L'INSTRUCTION FABRE ET LES DÉCISIONS JUDICIAIRES ULTÉRIEURES AFFAIRE DREYFUS PP PP PP LP PSS SSP LPS PES L'INSTRUCTION FABRE DÉCISIONS JUDICIAIRES ULTÉRIEURES GR ARR IRD —— PARIS ÉDITION DU SIECLE 42, rue de la Grange-Batelière, 12 | DC 354 D'Y3 M 9 L'INSTRUCTION FABRE 21096 se - _ = co 2 Sa . PROCÉDURE Plainte du ministre de la Guerre Paris, le 12 juillet 1898. Monsieur le Ministre et cher Collègue, Il résulte de l'examen que j'ai fait du dossier des procé- dures suivies, d’une part, contre le commandant Esterhazy, d'autre part. contre M. Zola : 1° Que M. Picquart (Marie-Georges), lieutenant-colonel d'infanterie en réforme par mesure de discipline, s’est rendu coupable, étantchef du service des renseignements au ministère de la Guerre, d'avoir Hivré ou communiqué à une personne non qualifiée pour en prendre connaissanse, ou d’avoir divulgué. en tout ou en partie, des écrits ou documents intéressant la défense du territoire ou la sûreté extérieure de l'Etat, qui lui étaient confiés et dont il avait connaissance à raison de ses fonce- tions ; délit prévu par l’artiele 1°, $ 1%, de la Loi du 18 avril 1886, qui établit des pénalités contre l’espionnage : 20 Que M. Leblois (Henri-Louis), avocat à la Cour d'appel, s’est rendu complice du même délit, aux termes de l’article 60 du Code pénal, « pour avoir, avec connaissance, aidé ou assisté l’auteur de l’action, dans les faits qui l’auront préparée ou facilitée, ou dans ceux qui l’auront consommée. » J'ai, en conséquence, l'honneur de porter plainte contre MM. Picquart (Marie-Georges) et Leblois (Henri-Louis). Agréez, Monsieur le Ministre et cher Collègue, l’assurance de ma haute considération. Signé : CAVAIGNAC. 4 LINSTRUCTION FABRE Annexe à la plainte du ministre de la Guerre Paris, le 12 juillet 1898. M. Picquart a communiqué dans son bureau, au ministère de la Guerre, à M. Leblois, des documents secrets intéressant la süreté extérieure de lEtat, qui lui étaient confiés en raison de ses fonctions. Les faits à la charge de M. Picquart sont établis notam- ment : > Par la déposition de M. Gribelin (page 157 du volume 1 du procès Zola) : 2 Par la déposition du lheutenant-colonel Henry (page 230); 3° Par la confrontation du général Gonse, du leutenant- colonel Henry et du heutenant-colonel Picquart (page 360) ; 49 Par la déposition. du général (Gonse, confirmant celle du lieutenant-colonel Henry (page 377). Il Réquisitoire introductif Le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, séant à Paris ; Vu ies pièces ci-jointes, d'où 1l résulte contre : 1° Le lieutenant-colonel Picquart ; 2o M. Leblois ; Inculpation du délit prévu par Particle 4%, K 1‘, de la lot du 18 avril 1886, et de complicité ; Vu les articles ci-dessus spécifiés, 59 et suivants du Code pénal ; Requiert qu'il plaise à M. le juge d'instruction informer par les voies de droit. Au Parquet, le 12 juillet 1898. S'igné : FEUILLOLEY. PROCÉDURE 5 [I] Procès-verbal de perquisition chez le lieutenant-colonel Picquart L'an mil hait cent quatre-vingt-dix-huit, le douze juillet, Nous. Albert Fagre, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, accompagné de M. Feuilloley, procureur de la République, et assisté de Pasquier, commis-greffier, et de M. Roy, commissaire de police aux délégations judiciaires, Nous sommes transporté rue Yvon-Villarceau, n° 3, au domicile de lex-lieutenant-colonel Picquart, contre qui réquisitoire nous à été délivré ce jour par le Parquet, sous l'inculpation d’avoir commis le délit prévu par l’article 4°, & 4er, de la loi du 18 avril 1886. M. Picquart étant absent de chez lui, nous nous sommes fait ouvrir son appartement, situé au quatrième élage de la maison, par Me Guérault, née Aline Ramidi, et avons pro- cédé.en sa présence à une perquisition minutieuse dans les quatre pièces de lappartement et dans tous les meubles restés ouverts. Nous avons saisi différentes pièces, une correspondance extrèmement volumineuse, que nous avons placée dans une valise trouvée dans la garde-robe, et que nous n'avons pu dépouiller faute de temps. Nous avons apposé les scellés sur ladite valise (n° 1). Nous avons ensuite placé, dans une boîte en fer-blane que nous avons scellée, une lettre cachetée portant la sus- cription: « En cas de décès du soussigné, remettre £e pli au Président de la République, qui seul devra en prendre connaissance. Signé: G. Picquart, lieutenant-colonel au 4e tirailleurs ». (Scellé n° 4 es.) Nous avons placé, sous scellés découverts, un lot de corres- pondances saisies sur différents meubles de l'appartement. (Scellés 2, 3 et 4.) Dans le salon, un meuble se trouvait près de la fenêtre, du côté de Ja rue; étant fermé à clé, nous y avons apposé 6 L'INSTRUCTION FABRE les scellés, et nous avons commis rogatoirement M. Roy, commissaire de police aux délégations judiciaires, pour veuir ultérieurement. Fouvrir, rechercher les documents utiles à la manifestation de la vérité qu'il peut contenir, et les saisir s’il y a lieu. Lecture faite, le présent procès-verbal a été signé par nous, M. le procureur de Ta République, M. Roy, commis- saire de police, M#® (ruérault et notre greflier. Q'# r Signé : Fagre, FeuiILLozey, Roy, Pasouier, femme GuéraurT. IV Premier interrogatoire du lieutenant-colonel Picquart L'an mil huit cent quatre-vinet-dix-huit, le treize juillet, à six heu- res du soir, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction. A comparu Picquart (Marie-Georces), lieutenant-colonel en réforme, quarante- trois ans, rue Yvon-Villarceau, n° 3, né le G septembre 1854, à Stras- bours, Lui avons déclaré qu'il est instruit à son égard du chef : D’avoir commis le délit prévu par Particle 1, $ 1e", de la loi du 18 avril 1886, et ce, depuis moins de trois ans, à Paris. Lecture faite dudit article, il déclare : Je suis complètement ianocent. Je vais prendre pour défenseurs Me Labori, rue de Bourgogne, 12, et M° Hild, rue Monge, 10. Lecture faite... Signé : PICQUART, FABRE, PASQUIER. Et, le treize juillet mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, s’est pré- senté à notre cabinet, Me Labori, auquel nous avons remis aussitôt un avis destiné à être représenté au greffe de la maison d'arrêt de la Santé, où l’inculpé est écroué. PROCÉDURE 7 Pareil avis a été donné à Me Hild, secrétaire de Me Labori. Et, le quinze juillet mil huit cent quatre-vinget-dix-huit, s’est pré- senté Me Labori, auquel nous avons remis un permis de communi- quer, au nom de Me Hild, son secrétaire, avec l’inculpé, en ce mo- ment détenu à la Santé. Signé : FABRE, PASQUIER. L'an mil huit cent quatre-vinet-dix-huit, le treize juillet, à six heu- res du soir, Devant nous, Albert Fabre, juge d’instruction… s’est présenté le sieur Picquart, dont la première comparution es constatée par procès-verbal de ce jour, en présence de Me Labor, conseil de l’inculpé. D. — Consentez-vous à subir un interrogatoire aujour- d'hui, bien que la procédure n'ait pas été mise à la dispo- sition de votre défenseur dans les délais de la loi du 8 décembre 1897? R. — Je n'y consens pas. Lecture faite... Signe : PICQUART, FABRE, PASQUIER. V Premier interrogatoire de M. Leblois L’an mil huit cent quatre-vinget-dix-huit, le treize juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d’instruction... A comparu, Leblois (Henri-Louis), avocat à la Cour d'appel, quarante-quatre ans, rue de l’Université, 96, né le 28 juin 1854, à Strasbourpg, Lui avons déclaré qu’il est instruit à son égard du chef de : Vous ètre à Paris, depuis moins de trois ans, rendu complice du délit prévu par l'article 1°, $ 1e", de la loi du 18 avril 1886, imputé à M. Picquart. Je vous donne connaissance de cet article. 8 L'INSTRUCTION FABRE Il déclare : — Je vous prie de préciser le mode de complicité. — I] s'agit de complicité par aide et assistance. M. Leblois dit : — Cette inculpation me surprend, et je proteste d’une façon absolue. Je vous fais remarquer, dès aujourd'hui, que j'ai été lavo- cat du colonel Picquart, et que mes rapports avec lui ont été ceux d'avocat à client. Je vous remets une copie de la délibération du Conseil de l'Ordre des avocats, en date. du 22 mars 1898, qui a apprécié mon rôle d'avocat dans cette affaire, et prononcé contre moi une peine de six mois de suspension (1). Je ne pourrai vous faire connaître que vendredi prochain le nom du défenseur que j'ai l'intention de choisir. Lecture faite... | Signe : FABRE, PASQUIER, LEBLOIS. Et le dix-huit juillet mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, se présente M. Leblois, lequel nous déclare qu’il désire prendre pour défenseur M. Jules Fabre, rue Dieu, 8, qui se présentes en même temps et déclare accepter d’être le défenseur de M. Leblois. Lecture faite... Signé : LEBLOIS, FABRE, PASQUIER. vi Procès-verbal relatif à l’arrestation du lieutenant-coloael Picquart L'an mil huit cent quatre-viugt-dix-huit, le treize juillet, à cinq heures du soir, Nous, Hamard, sous-chef du service de süreté, (1) Voir Documents annexes no XI. (Note de l’édileur.) PROCÉDURE 9 Constatons que M. Fabre, juge d'instruction, nous fait demander par lettre de lui envoyer deux inspecteurs de notre service qui se tiendront aux abords de son cabinet. Déférant à cette prescription, nous avons désigné les ins- pecteurs Christaud et Moquenne pour se mettre à la disposi- ion de M. le juge d'instrucüon. Signé : HaxaRD. Et le mème jour, audit an, à six heures et demie du SOIT , Constatons que les inspecteurs Christaud et Moquenne amènent devant nous le sieur Picquart (Marie-Georges). Nos agents sont porteurs d’un mandat de dépôt décerné contre le sus-nommé, sous l'inculpation du délit prévu par l’article 12, $ 1%, de la loi du 18 avril 1886. Vu ce qui précède, nous avons invité M. Picquart à déposer tous les objets et papiers dont il était nant. Après examen, nous lui avons laissé la somme de deux cent suixante-treize francs (273 francs), et divers objets personnels sans intérêt qu'il avait sur lui, et nous avons saisi un cer- tain nombre de papiers lui appartenant et que nous avons placés sous notre scellé unique, avec étiquette indicative qu'il a signée avec nous, SAVOIT : Une lettre, en date du 25 juin 1898, des membres du conseil d'administration du 4° régiment de üralleurs algériens, adressée à M. le lieutenant-colonel Picquart, ete., ete. S'igné : Hamarp. Nous avons ensuite conduit le sieur Picquart à la maison d'arrêt de la Santé où, après avoir signé l’écrou, nous l'avons laissé aux mains du gardien-chef de cette prison. S'igné : Hamarp. 10 L'INSTRUCTION FABRE VII Deuxième procès-verbal de perquisition chez le lieutenant-colonel Picquart L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le treize juillet, Nous, Emile Rov, commissaire de police aux délégations, £n exécution de la commission rogatoire ci-annexée de M. Fabre, juge d'instruction de la Seine, dans la procédure suivie contre Fex-lieutenant-colonel Picquart, inculpé du délit prévu par l’article 1°, $ 1°, de la Loi du 18 avril 1886, Nous sommes transporté, accompagné de M. Chanot, notre secrétaire, et de M. Bastian, inspecteur attaché à notre commissariat, au numéro 3 de la rue Yvon-Villarceau, pour y achever, au domicile de M. Picquart, la perquisilion commencée hier, Nous avons d'abord parlé à M®° Guérault, concierge, afin de savoir si M. Picquart était chez lui, et si elle lui avait annoncé, comme nous l'en avions priée hier soir, notre visite aux fins de la levée des scellés apposés sur le secrétaire, et de perquisitions dans ce meuble. Me Guérault nous a répondu que son locataire n'était pas rentré coucher chez lui, et qu'elle ne l'avait pas vu depuis que nous l’avions quittée. Elle ignorait, en outre, où 1l se trouve aujourd'hui, et n'avait pu, par conséquent, lui faire part de notre rendez-vous. Nous avons done requis M. David (Louis), serrurier chez M. Coudyser, entrepreneur de serrurerie, avenue Kléber, 49, de nous ouvrir le meuble dont il a été question plus haut. Me Guérault nous à accompagné dans lappartement de M. Picquart. Nous avons constaté que les scellés apposés hier étaient intacts; nous les avons levés, et M. David a ouvert immédiatement le secrétaire. Les recherches que nous y avons faites ont amené la découverte et la saisie d’un certain nombre de documents paraissant susceptibles d’inté- PROCÉDURE 11 resser l'instruction, et que nous avons placés sous nos scellés, savoir : Scellé n° 1, couvert: une boîte en carton contenant une enveloppe close sur laquelle on lit cette suscription : « Ceci est mou testament. — G. Picquart ». Scellé n° 2: Vingt neuf pièces (lettres, copies, brouillons) que nous avons cotées et paraphées de 1 à 29. Scellé n° 3: Vingt-six pièces (lettres, copies, brouillons, notes, ainsi que dix-huit lettres de M. le général Gonse) cotées et paraphées. Tous les documents énumérés ci-dessus ont été cotés et paraphés en présence de M° Guérault, qui a immédiatement signé avec nous les étiquettes de nos trois scellés. M. Picquart ayant encore, au cinquième étage, une chambre de bonne, lui servant de chambre de débarras, nous nous y sommes fait conduire par la concierge. Cette chambre ne contient que du linge, de la literie, de la vaisselle, quelques livres sans intérêt, une poignée de correspondances très anciennes également sans intérèt, et des objets d'équipement militaire. M. David, une fois nos recherches achevées dans le secré- taire, a refermé ce meuble en notre présence. in foi de quoi nous avons rédigé le présent, que M" Gué- rault a signé avec nous, après lecture, et qui sera transmis à M. le juge d'instruction aux fins de droxi. Signé : Roy, femme (GUÉRAULT. VII Déposition du lieutenant-colonel Henry L’an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le quinze juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction... À comparu : Henry (Hubert-Joseph), cinquante-deux ans, lieutenant-colonel à l’Etat-major de l’armée, avenue Duquesne, 43. Dépose : Un soir, en 1896, en octobre, je crois, — je ne puis pré- 12 L'INSTRUCTION FABRE ciser la date, — mais je me souviens très bien qu'il y avait du feu dans le bureau du colonel, ce qui indique que la sai- son était déjà avancée, — entrant dans la pièce du colonel 0) Picquart, j'ai vu ce dernier assis devant son bureau, à droite, M° Leblois assis à côté de lui, également devant le bureau et à sa gauche: ils étaient fout près l'un de l'autre. Il y avait toutes sortes de choses sur le bureau du colonel Picquart, documents et papiers, et, en face de -Leblois et de lui, se trouvait un dossier secret que J'ai parfaitement reconnu à cause de l'enveloppe, mais aussi à cause d’une pièce qui en sortait en partie, pièce photographiée et secrète, portant les mots : « Ce canaille de D. ({'» Il n°y avait pas moyen pour moi de me tromper; car la pièce, qui avait été déchirée en plusieurs morceaux, avait été recollée à l’aide de bandes de baudruche qui, dans la photographie, ressortaient en noir. Je l'aurais bien reconnue à dix pas et même plus. Or, je l'ai vue à deux ou trois pas. Je ne puis affirmer qu'au moment où je suis entré, le colo- nel Picquart et Leblois compulsaient le dossier secret: mais ce serait plutôt ma conviction. J'ai frappé et suis entré de suite dans le bureau, de sorte que j'ai surpris le colonel et M° Leblois, qui ont levé la tête à mon entrée. Je n'ai pas remarqué qu'ils aient cherché à dissimuler quelque chose. Il faisait jour encore, et la lampe n'était pas allumée. Le dossier secret appartenait à mon service : 1l avait été demandé par le colonel Picquart à M. Gribelin, archiviste , qui avait les clés de mon coffre-fort pendant ma permis- SION. Je suis parti en permission vers le 20 août, je crois, un peu avant l'ouverture de la chasse, et je crois être rentré vers le 18 septembre, — je ne puis préciser. La pièce secrète n'était jamais sortie du bureau que pour aller chez le chef d'Etat-Major et en revenir. (4) Devant la Cour d'assises, le colonel Henry avait léjàa déclaré, à deux reprises, que cette pièce ne sortait qu’en partie de l'enveloppe. (Procès Zola. t. T1, pages 361 et 362.) Dans sa déposition du 5 août, que le juge d'instruction a retenue seule sur ce point (interrogatoire du colonel Picquart, du 18 août), le colonel Henry a soutenu œue la pièce était complètement sortie de l'enveloppe. (Note de l'éditeur.) PROCÉDURE 13: Elle n’était connue que de M. Gribelin et de mot, peut-être aussi du commandant Lauth. Quant au colonel Picquart, 1l ne l'avait jamais vue avant mon départ en permission. Cette pièce était restée dans mon tiroir, depuis le milieu de décem- . bre 189%, sans jamais en sortir. Le colonel Sandherr à eu aussi connaissance de cette pièce, quand il était chef du ser- vice. C’est lui qui l'a fait photographier, à trois où quatre exemplaires, par quelqu'un du service des renseignements, je ne sais qui. Personne n'entre généralement dans les bureaux du ser- vice; mais j'ai remarqué, vingt-cinq ou trente fois, les visites de Me Leblois au colonel Piequart, du printemps à lau- tomne 1896. Ces visites étaient parfois prolongées au point de gêner le service, au moment de la signature du courrier. J'ajoute que le dossier secret, dans lequel se trouvait la pièce secrète, m'avait été donné en consigne par le colonel Sand- herr, et qu'elle consistait en ceci : que je ne devais donner ce dessier en communication à qui que ce soit, qu'en pré- sence du chef ou du sous-chef de l’'État-major et du chef de service. Comme on n'avait pas parlé de ce dossier depuis 1894, j'avais oublié de passer cette consigne à Gribelin, en lui remettant mes clés. Je dois dire que je pense que le colonel Picquart ignorait cette consigne. C'était un dossier d'espion- nage d’une extrème importance, et la pièce € Ce canalle de D. » était également très importante, et 1} y avait le plus grand intérêt à ne pas la divulguer. Chaque fois que les officiers sortent de leur bureau pour une cause quelconque, ils doivent réintégrer les, dossiers se- crets dans leurs armoires et les fermer à clé. Ces dossiers ne doivent pas rester sur la table de travail. La consigne est tellement sévère que, quand le planton à fa porte des bu- reaux s’absente momentanément, une sonnerie électrique est disposée de façon à indiquer l'entrée d’un visiteur dans le vestibule, et à permettre aux officiers de dissimuler les dossiers secrets qu'ils pourraient avoir en mains. Le colonel Picquart n'avait les clés d'aucun des coffres- forts des autres officiers: il devait done leur demander les dossiers secrets dont il pouvait avoir besoin. Lecture faite... ; Signe : HENRY, FABRE, PASQUIER. 14 L’INSTRUCTION FABRE Le colonel Henry ajoute, sur interpellation : Ducasse, demeure rue Louis-David, n° 12, Paris-Passy. Lecture faite... Signé : HEXRY, FABRE, PASQUIER. IX Déposition du général Gonse L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le quinze juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction... A comparu : Le général Gonse (Charles-Arthur), cinquante-neuf ans, sous-chef de l’Etat-major général de l’armée, avenue de Villars, 45, Dépose : Le lieutenant-colonel Picquart est entré comme chef du service des renseignements au milieu de Fannée 1895, en remplacement du colonel Sandherr. Sa mission était de s'oc- cuper exclusivement de questions intéressant la défense nationale et la sûreté extérieure de PEtat: 10 La recherche de ce qui se prépare ou de ce qui se passe à l'étranger, dans l'intérêt de la défense nationale ; 20 Le service de surveillance le long de nos frontières : 3° Le service de contre-espionnage en France et à l’étran- ger. Ces fonctions sont d’un ordre très délicat et exigent une discrétion absolue. Aussi, dans ce service, n'occupe-t-on que des officiers choisis et peu nombreux. Ce service a amené la formation de dossiers très nombreux qui ont un caractère secret. La plus grande partie des pièces de chacun de ces dossiers ont le mème caractère secret et, prises isolément, elles con- servent ce caractère: car, si elles étaient connues, elles éveilleraient certainement Pattention des gens qui en pren- draient connaissance, et leur donneraient la clé des travaux secrets qui se préparent au ministère de la Guerre. Les dossiers sont placés, suivant leur importance, dans des PROCÉDURE 15 coftres-forts en fer et dans des armoires fermant au moyen de serrures et de cadenas à secrets et garnies de barres de fer. Le chef de service a un coffre-fort spécial, dont il a seul la clé, et où il place les dossiers qu'il veut se réserver. D'un autre côté, chaque officier possède ses armoires ou coffres-forts, où il place les dossiers concernant son service spécial, et je crois qu'il en a seul les clés. Le colonel Henry pourra préciser davantage sur ce point. Quand le chef de service a besoin d’un dossier spécial, il le demande à l'officier chargé de ce service. L'archiviste a spécialement la garde d'un nombre considérable de dossiers concernant l’espionnage et Le contre-espionnage. Jamais les dossiers quelconques ne restent sur les tables en dehors des heures de bureau, et hors la présence des offi- ciers de service. Lorsqu'un officier sort de son bureau, 1l doit fermer ses armoires. Les personnes étrangères au service n’entrent pas dans le bureau des renseignements. Une organisation spéciale a été préparée pour permettre de recevoir les personnes étrangères au bureau des renseignements, en dehors des locaux occupés par ce service. Seuls, les officiers du service peuvent savoir quelles sont les personnes qui viennent dans le bureau. A une époque que les officiers pourront préciser, ils ont remarqué la présence fréquente de Me Leblois dans le bureau du colonel Picquart. Quelques-uns de ces messieurs trouvaient même que la présence de ce monsieur était gènante pour le service. Je sais qu'à une certaine époque, le colonel Picquart a demandé à M. Gribelin, qui pourra sans doute préciser la date, Île dossier secret des pigeons voyageurs. Il y a dans notre service deux dossiers concernant les pigeons voyageurs : lun, qui ne contient rien de secret, el qui à trait notamment à l’organisation des colombiers et qui est placé dans une armoire ordinaire, peut-être même non fermée à clé. L'autre, au contraire, est absolument secret. Il contient des renseignements sur la nature desquels il ue m'est pas possible de m'étendre, notamment la direction 16 L'INSTRUCTION FABRE des entraînements des pigeons, qui intéresse tout particuliè- rement la défeüse de nos frontières. Ce dernier dossier à été vu sur le bureau du colonel Pic- quart, pendant la présence de M° Leblois dans son bureau. Les officiers du service pourront vous dire comme moi que le colonel Piequart a reconnu avoir communiqué ce dossier à Me Leblois, qui le consultait, disait-il, en vue des dispositions législatives nouvelles qu'il comptait faire adopter. D. — M. le colonel Picquart pouvait-il s'adresser à un avocal quelconque, pour obtenir de lui une consultation con- cernant des travaux de son service, et pouvait-il lui commu- niquer des documents secrets? R. — Jamais de la vie! Du reste, si le colonel Picquart avait eu besoin, pour les travaux de son service, de recourir aux lumières d'hommes de loi, 1l devait en faire la demande à ses chefs hiérarchiques, afin d'être autorisé à entrer en relations avec les avocats-conseils accrédités du ministère de la guerre. Ces avocats sont notamment M° Nivard et M° Da- net. Je considère qu'une communication de cette nature tombe sous le coup de la loi du 18 avril 1886. J'ai su, par des officiers du service, qu'on avait vu sur la table du colonel Picquart, entre M° Leblois et lui (Leblois étant assis à côté du colonel) un dossier secret placé dans une grande enveloppe. Cette enveloppe était ouverte et ïl en sortait une pièce photographiée qui a été reconnue par ces officiers. Cette pièce élait de premier ordre, au point de vue du secret; mais je ne puis m'en expliquer davantage, et c'est vous dire qu'au point de vue de la défense nationale, elle avait le plus grand intérèt. M° Leblois à dû la voir, puisqu'elle élait devant lui. Cette pièce était reconnaissable, et toute personne qui l'avait vue ne pouvait s'y tromper. île nous était parvenue en six ou huit morceaux; on avait rélablie au moyen de bandes de papier baudruche, et photographiée. Par un effet bizarre, la reproduction photographique a fait ressortir en noir ces bandes de baudruche, de sorte qu'elle était sillonnée d’une sorte de croix de Lorraine noire. Cette pièce ayant été reproduite — tronquée, 1l est vrai — PROCÉDURE 17 par des journaux, dès la fin de 1896, a dû évidemment être communiquée soit par Leblois, soit par le colonel Picquart. Car, à ce moment, le dossier étant absolument secret, cette pièce ne devait être connue que par quelques-uns des offi- ciers du service. Le colonel Picquart a bien dit que cette pièce était connue dun grand nombre d'officiers. Il disait même qu'elle était connue dans les couloirs, et ajoutait que, dès lors, 1l n'étai pas extraordinaire qu'elle ait été divulguée. Je dirai qu à mon sens, cette opinion du colonel Picquart est absolument erronée. Le colonel Picquart étant hypnotisé, comme je Far dit ailleurs, par lidée de réhabiliter Dreyfus, et étant le seul ayant cette idée dans le bureau, il me semble tout naturel que c’est lui ou Leblois qui ont divulgué cette pièce. Dans la correspondance que j'ai entretenue avec le colonel Picquart en 1896 et 1897, et qui concernait le service, se trouvait une lettre chiffrée qui concernait une affaire secrète de la plus grande importance, et qui intéressait notre sécu- rité extérieure. J'ai su que le colonel Picquart avait communiqué toute celle correspondance de service, sous prétexte de sa défense personnelle, à M° Leblois, en juin ou juillet 1897. Le colo- nel Picquart a prétendu avoir brûlé la lettre chiffrée, mais rien ne le prouve. Il me paraît évident, d’une façon générale, que pour arri- ver à la réhabilitation de Dreyfus, qui était sa préoccupation constante, le colonel Picquart a dù commettre de graves indiscrétions. Je pense qu'il serait intéressant d'entendre le comman- dant Lauth, le capitaine Tunck, et le capitaine Valdant. Le colonel Picquart avait e mployé au service des rensei- gnements un individu qui lui était dévoué, et que nous con- naissions sous le nom de Durand; cet individu portait réelle- ment le nom de Germain Ducasse, et je l'ai fait remercier au moment du départ du colonel Picquart. J'ai su depuis que cet individu était le secrétaire de Ml de Comminges, et qu'il Wavail jamais cessé ses relations avec le colonel Picquart Je pourrais faire rechercher son adresse. Il a habité ave- nue Bosquet. Il y aurait sans doute intérêt à faire une pex- ) 18 L'INSTRUCTION FABRE quisition chez lui, à cause de ses relations particulières avec le colonel Picquart. Le colonel Picquart a déclaré qu'il n'avait pas eu de relations avec M. Scheurer-Kestner et qu'il ne le connaissait pas, en novembre et decembre 1897, lors du procès Esterhazy. Or, j'ai la preuve, par la déclaration sun ancien planton, déclaration recueillie par deax officiers et signée par ce planton, dont je vous ferai connaître le nom et f'adresse, que lorsqu'il était au 4° tirailleurs, en 1897, pendant les tirs de guerre de son régiment, dans un camp eux environs de Sousse, il a plusieurs fois adressé des lettres à M. Scheurer-Kestner. Lecture faite... ; Signé : GOXSE, FABRE, PASQUIER. X Déposition de M. Gribelin L’an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le seize juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction... À comparu : Gribelin (Félix), quarante-quatre ans, archiviste-principal de l’'Etat-major de l’armée, avenue Bosquet, 45, Dépose : J'ai vu Me Leblois très souvent au ministère de la Guerre et dans le bureau de M. Picquart. Quelquefois, il y séjour- nait longtemps, une heure peut-être; c'était au point que ses visites gènaient le service. Je me suis aperçu de la fréquence des visites de M° Le- blois au colonel Picquart, à la fin de l’année 1895. et, à partr de cette époque, ces visites ont continué d’une façon régu- hère. M° Leblois, lors du procès Zola, a déclaré qu'il n'était pas venu au ministère, depuis les premiers Jours d'août 1896 jusqu'aux premiers jours de novembre 1896. Sa L2 PROCÉDURE 19 Le concierge du ministère, Capiaux, qui a pris son ser- vice le 15 août 1896, a vu plusieurs fois M° Leblois, à cette époque, entrer au ministère. Î l'a vu aussi, un jour, assis à la table du colonel Picquart. Ce concierge nous annonce les visiteurs par le téléphone et les accompagne parfois jusqu'au salon d'attente où nous les recevons. Il vient souvent apporter des lettres dans le bureau du service, et c’est ainsi qu'il a vu M° Leblois, à l’époque que je vous indique. Un jour de l'automne 1896, je suis entré dans le cabinet du colonel Picquart pour prendre congé de lui, à la ferme- ture du bureau, comme je le faisais chaque jour. C'était entre six heures et six heures et demie; la lampe était allu- mée. J'ai vu le colonel Picquart assis devant son bureau; à sa gauche et à l'angle de ce bureau se trouvait M° Leblois, à 60 centimètres environ du bureau, et à environ 80 centi- mètres du colonel Picquart. Sur le bureau, se trouvaient deux dossiers secrets, le dossier secret des pigeons voya- geurs, qui est de mon service, et que je connais parfaite- ment — il m'avait été demandé par le colonel Picquart, quelque temps auparavant —- et un autre dossier secret, du service du colonel Henry. Ce dossier n'avait été aussi dnaude par le colonei Pic quart, entre le 28 août et le 5 septembre 1896, après le départ du colonei Henry en congé, et avant mon départ. Je l'avais pris dans le coffre-fort du colonel He NrY, celui-ci m'ayant confié les clés et le mot, en quittant Île ministère. Ce dossier secret se trouvait à l’angle du bureau, devant M° Leblois; l'enveloppe en était ouverte, mais aucune pièce apparente n'en sortait. On ne pouvait voir si on venait de le compulser. Le dossier des pigeons voyageurs se trou- vait devant Le colonel Piequart: il était dans une enveloppe ouverte, mais aucune pièce non plus n’en sortait. Dans ma conviction, Picquart ne m'avait demandé ce dossier que pour servir de couverture à l’autre. On élaborait, à cette époque, l'instruction sur le service des pigeons voyageurs, qui à paru le 45 décembre 1896, et on pouvait croire que ce dossier lui était utile; mais il ne s'en est pas occupé, car il ne m'a jamais donné d'instructions pour conférer avec le ministère de l'Intérieur, et cependant 20 L'INSTRUCTION FABRE je représentais le service près de ce ministère, relativement à cette affaire. Je suis entré dans le bureau du colonel Picquart sans frapper Je puis placer la visite de M° Leblois à Picquart, dont je viens de parler, tout à fait à la fin d'octobre ou dans les pre- miers jours de novembre 1896. Un souvenir me permet de préciser : Le commandant Lauth est part en congé le 15 octobre, et il est revenu, de passage à Paris, nous voir au bureau, fin octobre, il vous le dira. I a entendu le colonel Henry me dire, jure que nous parlions de Me Leblois et du colonel Picquart : « Hier encore, ils tripotaient des papiers. » — J'ai ajouté : « Mon commandant, vous devriez dire au géné- ral Gonse qu il reprenne ce dossier, » I s'agissait du dossier secret que j'ai vu devant M° a Le général Gonse a retiré le dossier au colonel Picquart, vers le 12 novembre 1896. La conversation que le comman- dant Lauth à entendue avait eu lieu nécessairement quelques jours auparavant. Si je ne les ai pas vus (Picquart et Le- blois) compulser le dossier, je suis intimement convaincu qu'ils l'ont fait. Ce dossier, qui avait eu beaucoup d'impor- tance en 1894, avait été rangé, à cette époque, dans un tiroir du coffre-fort du colonel Henry, en novembre. Ce dernier m'a dit : « Vous voyez où je le place, dans le cas où on en aurait besoin plus tard et en mon absence, » Mais il me semble qu'on ne devait plus avoir besoin de ce dossier, et, en tout cas, au moment où le colonel Picquart l’a demandé, rien, à mon avis, ne justifiait cette demande. Mais, quelques jours après que j'eus remis le dossier au colonel Picquart (entre le 28 août et le 4 septembre 1896), a commencé, à la suite d’un pétard lancé par un journal du soir, relativement à la prétendue évasion de Dreyfus, une campagne de presse ; les 14 et 15 septembre 1896, paraissait, dans l’Æelair, un article au sujet de Dreyfus. Il est hors de doute que cet article n'a pu être écrit ou inspiré que par une personne ayant été mêlée de très près à l'affaire Dreyfus, et ayant sous les yeux des documents se rapportant à cette afaire. Or, les officiers du service des renseignements se trouvaient seuls dans ce cas, et, parmi PROCÉDURE 21 ceux-là, trois seulement possédaient les éléments nécessaires à la rédaction de cet article : le lieutenant-colonel Piequart, le lieutenant-colonel Henry et moi. Aussi, quand j'ai rendu compte au colonel Picquart qu'il m'était impossible de découvrir l'auteur de lPartiele, je lui ai dit textuellement : « On est fondé à dire, mon colonel, qne cet article a été écrit par vous ou par moi, puisque le colonel Henry est absent depuis la fin d'août, et que vous et moi avons seuls eu les éléments nécessaires entre les mains. » Le colonel Picquart m'a répondu : « Vous êtes couvert par moi. » Or, les renseignements dont je veux parler auraient été puisés, en partie, dans le dossier secret. L'article parlait en effet d’une pièce : « Ce canaille de Do faisant parte de ce dossier. L'article de F£elair paraissait défavorable à Dreyfus, mais on avait pris soin habilement de présenter les renseignements et la pièce sous un certain Jour, de façon à permettre une réfutation facile dans Fintérèt de Dreyfus, et qu'on espérait faire accepter par l'opinion publique. C'est alors, en effet, qu'a paru la première édition de la brochure Bernard Lazare que je vous remets, et qui avait pour but de réfuter l'article de F£elair. Le 10 novembre 1896, à paru dans le journal le Hatin le fac-simile du bordereau, avec un article qui, à première vue, paraissait destiné à écraser Dreyfus, mais qui, en RAlire avait pour but d'amener la discussion de ce bordereau et de préparer la campagne qui a suivi. D'après moi, cet article a été la préface de Ia deuxième édition de la brochure Bernard Lazare, que je vous remets également. Dans cette brochure, page 86, on discute la pièce « Ce canaille de D.», et l’on raconte qu'on à cherché quel était ce D. On parle d’une filature d’un garçon de bureau du ministère, dont le nom commençait par un D. Cette filature n'a été conuue que du colonel Sandherr, chef de service, de l'officier qui dirigeait le contre-espionnage, le commandant Raulin, et de moi. Plus tard, le colonel Henry, en prenant le service, a été mis au courant de cette particularité. et moi, je l'ai raconté au colonel Picquart au moment des articles de l'Æclair. 22 L'INSTRUCTION FABRE Quelqu'un l’a donc fait connaître à Bernard Lazare, et le colonel Picquart, qui était, seul dans le bureau, partisan de la revision du procès Dreyfus, a pu, seul, donner ces rensei- gnements à Bernard Lazare. Quand je parlais au colonel Picquart de la campagne de presse, qui était à ses débuts alors, il disait en parlant de l'État-major : « Vous allez en avoir une, de campagne de presse ! Ils ne savent pas ce qui les attend, là-haut ! » D'autre fois: « S'ils ne veulent pas marcher, là-haut, je leur forcerai la main. » Je dois ajouter que le garçon de bureau qui introduisait M° Leblois chez le colonel Picquart au ministère, est mort en décembre 1896 : c'était un Arabe, du nom de Bachir. Il disait toujours : « Qu'est-ce qu'il vient faire ici, lui? » en parlant de M° Leblois. « Lui toujours crier le carla », ce qui voulait dire que Leblois compulsait des papiers. Une lettre adressée par Esterhazy à M. Maurice Weil, dont il a été question au procès E sterhazy. avait été nus ceptée par le colonel Picquart, dans le service, avant qu'elle ue füt remise à M. Weil. Cette lettre, dont j'ai fait moi-mème une copie pour joindre au dossier de trahison Esterhazy, a été versée par Mathieu Dreyfus à l'appui de sa dénonciation. S'il est exact, comme on me l'a dit, que Weil n'ait pas remis lui-même cette lettre à Mathieu Dreyfus, il y a lieu de demander au colonel Picquart ce qu'il a fait de la copie que je lui ai remise moi-même, et qui n'existe plus au dossier (1). Le colonel Picquart s'était attaché un individu que nous connaissions sous le nom de Durand, mais qui n'était autre que Ducasse, et qu'il chargeait de différentes missions directement. li avait des relations très étroites avec lui. Ducasse venait régulièrement, tous les soirs, au moment où on allait fermer (1) La lettre d'Estsrhazy, interceptée par le colonel Picquart et eopiée par M. Gribelin, n'est pas celle qui a été jointe au dossier de l'instruction Ravary et lue, en partie, au procès Esterhazy. (Compte rendu sténographique du procès Esterhazy, dans la bro- chure de M. Yves Guyot: La Revision du Procès Dreyfus, pages 145 à 445 et pages 161 à 463; déposition Weil, Enquéle de la Cour de Cussation, t. 1, pages 806 à 310. (Note de Péditeur.) PROCÉDURE un “7 LE le bureau, et entrait chez le colonel Picquart, après avoir attendu la sortie des officiers de service. Lecture faite.. Signé : (XRIBELIN, FABRE, PASQUIER. XI Déposition du capitaine Valdant L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le seize juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction. Est comparu : Valdant (Henri), trente-sept ans, capitaine à l’État-major de l’armée, quai de Billy, 50. Dépose : En 1896, le téléphone était dans mon bureau, ou plutôt formait une emprise dans mon bureau, et c'était moi qui répondais aux appels. Comme on m'annonçait les visiteurs, je savais qui entrait. Me Leblois à fait de très fréquentes visites au colonel Picquart, dans le premier semestre de 1896. Ces visites se prolongeaient quelquefois assez longtemps: pendant ce temps, nous ne dérangions pas le colonel Picquart, et nous nous apercevions di la durée des visites, parce qu'elles nous sénaient parfois pour la transmission des affaires J'ai été absent la dernière quinzaine d'octobre et la pre- mière quinzaine de novembre 1896, et je ne sais, personnel- lement, rien de ce qui s’est passé dans cet intervalle. Au commencement de juin 1896, — je ne puis préciser, — j'ai entendu mon collègue Lauth, en sortant de chez le colo- nel Picquart, pousser lexclamation : « Jamais de la vie ! » — Je lui ai demandé ce qu'il avait, et il me répondit : « Le colonel Picquart veut que je certilie que c’est de l’écriture de Chose... je ne certifierai rien du tout. » Ma situation ne me permettant pas de m'occuper de ce que faisaient mes 24 L'INSTRUCTION FABRE camarades, je ne me suis pas inquiété d'approfondir læ question. Lecture faite... Signé : VALDANT, FABRE, PASQUIER. XII Déposition du capitaine lunck L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le seize juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction... Est comparu : Iunck (Alphonse), trente-six ans, capitaine à l’État-major de l’ar- mée, rue Saint-Dominique,151, Dépose : Je puis affirmer que Me Leblois venait très souvent visiter le colonel Picquart au ministère. Il restait quelquefois plu- sieurs heures, soit dans le bureau du colonel, soit dans la salle d'attente. Plusieurs fois, je lai vu assis à côté du colo- nel, devant sa table surchargée de papiers. Je frappais avant d'entrer, et quelquefois le colonel me disait d'attendre et de revenir plus tard. Je venais d'arriver au service: je ne con- naissais pas bien les pièces, et je ne puis dire le caractère de celles qui se trouvaient devant eux. Le colonel Picquart, à une époque que je ne puis préciser, au commencement de 1896, a demandé à Gribelin le dossier des pigeons voyageurs. Celui-ci nous a dit que c'était pour le communiquer à Me Leblois, qui devait collaborer à un travail législatif sur les pigeons voyageurs. el, à ce moment- là, M° Leblois est venu très souvent au ministère, et a tra- vaillé dans le bureau du colonel Picquart ou dans la pièce. qui est près de ce bureau, et qui sert de salle d'attente. J’ar eu ce dossier en garde dans une de mes armoires. Il était divisé en deux liasses liées ensemble, lune contenant des papiers non secrets, des règlements et instructions relatifs aux pigeons voyageurs, l'autre contenant des documents PROCÉDURE 2 secrets concernant la défense nationale. la direction des pigeons à la frontière, et des instructions pour le temps de guerre, pièces sur lesquelles je ne puis m'étendre. Le colo- nel Picquart a gardé ce dossier, je crois, Jusqu'au moment de son départ. J'ai travaillé avec le commandant Lauth à trouver le cliché photographique du petit bleu (À). pour obtenir une épreuve semblable à celle qu'on aurait eue, sil n'avait pas été déchiré primitivement. Nous n'avons pas réussi. Le colonel Pie- quart, à qui nous demandions pourquoi il voulait cette retouche, nous a dit que c'était pour ne pas faire connaître le moyen par lequel cette pièce était parvenue au service, et faire croire qu'elle avait été interceptée entre le moment où elle était sortie de la poste, et celui où elle devait être remise au destinataire. « Il en avait assez, disait1l, de tout ce qui paraissait dans F + Journaux au sujet des corbeilles à papiers, et il avait dit là-haut (Etat-major) qu'on n’obtenait plus rien par ce moyen. » ue lui avons fait observer que, la pièce n'ayant pas les cachets de la poste, elle n'avait pas un carac- tère d'authenticité, au point de vue où il se placçait, et il a demandé à Gribelin si on ne pouvait pas, à la poste, y faire apposer un cachet. Je ne sais ce que Gribelin a fait; je dois ajouter que, comme le commandant Lauth faisait observer au colonel Picquart qu'il faudrait bien qu'il montre l’original en justice, si on en arrivait à un procès, et qu'il ne pourrait en attester la provenance, le colonel Piequart lui a répondu : « Vous serez toujours là pour attester qu'il vient de un tel...». Le commandant Lauth a répondu : « Ça, jamais ! » J'étais présent quand le colonel Picquart est rentré, après son entrevue avec le général de Boisdeffre; il était très excité et mécontent. Comme le commandant Lauth, je l'ai entendu s'écrier : « Is ne veulent pas marcher, là-haut: ils (1) Voici le texte du petit bleu: « J° attends avant tout une explication plus détaillée que celle que « vous m'avez donnée, l’autre Jour, sur la question en suspens. En « conséquence, je vous prie de me la donner par écrit, pour pouvoir « juger si je DS SORA mes relations avec la maison R., ou « non. — Signé: ». (Note de l'éditeur.) 26 L'INSTRUCTION FABRE ne savent pas ce qui se prépare: une campagne terrible de presse va commencer. Is ne veulent pas marcher, mais je saurai bien les y forcer. » Tout au moins, c'est le sens de ses paroles. Lecture faite. Signe : IüUNCK, FABRE, PASQUIER. XII Déposition de M. Capiaux L’an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le seize juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction... Est comparu : Capiaux (Constant), quarante-huit ans, concierge au ministère de la Guerre, boulevard Saint-Germain, 231, Dépose sur interpeliation : Je suis concierge, depuis le 15 août 1896, au ministère de la Guerre, entrée boulevard Saint-Germain, c'est-à-dire du côté où entrent les personnes qui se rendent au service des renseignements. Dès mon arrivée, Jusqu'au 15 septembre 1896, j'ai vu, à différentes reprises, M° Leblois venir demander le colonel Picquart. Je ne l'ai accompagné qu'une fois, la première après mon arrivée. Vers le 15 septembre 1896, il y a eu un intervalle, pendant lequel M° Leblois n'est plus venu au ministère : mais je puis affirmer qu'il v est revenu à la fin de septembre 1896. Je ne me rappelle pas s'il est venu au mois d'octobre 1896. Il m'est assez difficile, du reste, de préciser ies dates. Sur nouvelle interpellation : Je suis certain que M° Leblois est venu, chez le colonel Picquart, vers la fin de septembre 1896. Dans le courant de septembre 1896, à une date que je ne puis préciser, passant ii —) PROCÉDURE dans le couloir, vers dix ou onze heures du matin, pour porter un pli dans les bureaux, j'ai aperçu, entr'ouverte, la porte du local occupé par le colonel Picquart. J'ai vu celui- ci assis à son bureau et travaillant, et, à la table de décharge qui se trouve en face le bureau, M° Leblois assis et compul- sant des papiers (1). J'ai vu cela sans le vouloir, en passant. Je ne sais si c'était un dossier que M° Leblois compuisait ; mais il y avait beaucoup de papiers administratifs étalés, sur lesquels 1! travaillait. Lecture faite... : Signe : FABRE, PASQUIER, CAPITAUX. XIV Déposition de M. Billet L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le seize juillet, Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction... Est comparu : Billet (Pierre), cinquante-deux ans, concierge à l'hôtel du ministre -de la Guerre, rue Saint-Dominique, 14. Dépose : J'étais concierge au ministère de la Guerre, entrée boule- (1) Le réquisitoire de M. Siben ne fait pas état des déclarations de M. Capiaux. Le rapport du capitaine Tavernier les a retenues. (Dans sa déposi- tion du 19 octobre 1898, M. Capiaux avait modifié les dates. — Enquête de ta Cour de Cassation, t. II, pages 312 et 313.) Au procès de Rennes, le commandant Carrière, commissaire du gouvernement, a abandonné ce témoignage : M° Labori. — Si le Conseil attachait à ce témoignage la moindre importance, je lui demanderais de lire les cotes 136 et suivantes du dossier Picquart, qui établissent que M. Leblois n’était pas à Paris pendant le mois de septembre, et qu’il n’y est rentré que le 7 novem- bre. Le commandant Carrière.,— (C’est certain.(ZLe Procès Dreyfus, 4. II, page 244.) (Note de l'éditeur.) 28 L'INSTRUCTION FABRE ard Saint-Germein ; Jai quitté ce service pour prendre lx loge de Phôtel du ministre, en août 1896. Jai été remplacé par Capiaux. Me Leblois est venu, pour la première fois, au ministère, dans le courant d'avril ou de mai 1896, je ne puis préciser. Le colonel Picquart m'avait prévenu de sa visite en me disant : « se présentera un Monsieur Leblois qui désire me voir; vous le conduirez à mon bureau. » A partir de ce moment, 1l vint assez souvent. Je téléphonais au colonel Picquart qui me disait : « Faites. monter. » I venait aux heures du bureau, mais je n'ai jamais remarqué qu'il vint quand les officiers étaient partis, soit pour déjeuner, soit le soir. Je ne remarquais pas sa sortie. Lecture faite... | Signe : BILLET, FABRE, PASQUIER. Déposition du commandant auch L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le seize juillet. Devant nous, Albert Fabre, juge d'instruction. À comparu : Lauth (Jules), quarante ans, commandant au ?8e régiment de dragons, en garnison à Vincennes (Seine). Dépose : J'ai fait à la Cour d'assises une déclaration relativement à [a pièce qu'on à appelée le petit bleu (1). Cette pièce était arrivée à notre service en plusieurs morceaux. Elle m'a été remise par le colonel Picquart, qui, lui-même, l'avait reçue, avec les petits paquets. des mains du colonel Henry. Cette pièce avait un caractère secret, et devait être l'origine de la constitution d’un dossier d'espionnage : et il importait qu'elle ne fût pas divulguée, sa divulgation pouvant avoir les plus (1) Voir la note, page 25. (Note de l'éditeur.) PROCÉDURE 29 graves inconvénients, en faisant connaître aux personnes de qui elle provenait, qu'il existait une fuite chez elles. Le colo- ne! Picquart à avoué qu'il en avait donné connaissance à M° Beblois, en mai ou en juin 1897, pour les besoins de sa défense. Le colonel Picquart, et c'était son droit, avait conservé Jes fragments de la pièce, pendant quelques jours, et il me les avait ensuite remis, mêlés à d’autres. Quand la pièce fut reconstituée, je la lui ai portée, et il Pa mise dans son coffre-fort, où elle est restée une quinzaine de jours. Il m'a alors chargé de la photographier ; je lui ai pré- senté deux ou trois épreuves, et c’est alors quil m'a demandé si je ne pourrais pas faire disparaitre les traces des déchi- rures sur le papier. Après un certain nombre d'essais peu satisfaisants comme résultat, je lui ai demandé pourquoi il tenait tant à ce que je fasse disparaitre ces déchirures. « C'est, me répondit-il, parce que je veux pouvoir dire là-haut (chef d'État-major) que je lai interceptée à la poste. » Je lui ai dit : «Mais il n°y a pas le cachet de départ de Ja poste, la pièce n'ayant jamais été mise à la poste. » Il me répondit : « On pourrait peut-être à la poste en faire mettre un. » Je lui at répondu : « C’est une cs vs: , CPE Re rene Era (2 te RTE D es nn